La tournée de Gaston
Ce matin, Gaston a planté ses yeux jaunes dans le ciel avec cette intensité particulière qui annonce un caprice. Je l'observe depuis la fenêtre de la cuisine, ma tasse de café encore fumante entre les mains. Il fixe les nuages comme s'il cherchait à déchiffrer un message secret dans leurs formes mouvantes.
« Allez, mon beau, ta passerelle t'attend », lui dis-je en m'approchant. Mais Gaston ne bronche pas. Il sait que je sais. Pas de traversée sans le rituel sacré : douze secondes de gratouilles dans sa barbe rousse, ni plus, ni moins. Coquette, perchée sur son rebord de poulailler, l'observe avec cet air malicieux qui ne trompe pas. Elle attend sa propre sérénade matinale.
Je tends la main vers sa barbe soyeuse. Un, deux, trois… à sept secondes, il ferme les yeux de plaisir. À onze, il redresse fièrement la tête. À douze précises, il tape du sabot gauche et s'élance vers sa passerelle, majestueux comme un roi franchissant son pont-levis. Derrière lui, Coquette applaudit discrètement des ailes.